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SI LE 13 DÉCEMBRE ÉCHOUE, QUI GOUVERNERA HAÏTI ?

9 sept.
14 min de lecture

Entre l’insécurité, les enlèvements, le calendrier électoral et les zones d’ombre entourant la sortie de la transition, Haïti doit obtenir des réponses avant de se retrouver devant un nouveau vide institutionnel

9 septembre 2026 | CITADEX — Analyse nationale



HAÏTI SE DIRIGE VERS UNE ÉLECTION — MAIS VERS QUELLE SORTIE DE CRISE ?

Haïti avance officiellement vers le 13 décembre 2026, date fixée pour le premier tour des élections présidentielles et législatives ainsi que pour la ratification populaire des changements proposés à la Constitution. Le deuxième tour de la présidentielle et des législatives ainsi que les élections des collectivités territoriales sont prévus pour le 21 février 2027. Le calendrier existe désormais, les opérations électorales sont engagées, l'inscription des électeurs est en cours et les institutions concernées poursuivent leur travail. Mais derrière cette mécanique électorale se trouve une question que le pays ne peut plus se permettre de repousser : que se passera-t-il si le 13 décembre arrive et que les conditions nécessaires à la tenue d'une véritable élection nationale ne sont pas réunies? Le CEP lui-même a précisé que le respect de son calendrier dépend de l'établissement d'un climat sécuritaire acceptable et des ressources financières nécessaires à la poursuite des opérations.


Cette question n'est pas une tentative de discréditer les élections et elle ne constitue pas une demande de maintien du pouvoir intérimaire. Elle touche à quelque chose de beaucoup plus fondamental : la continuité de l'État haïtien et les règles qui doivent s'appliquer lorsque la transition n'atteint pas son objectif dans le délai prévu. Le mandat du Conseil présidentiel de transition a pris fin le 7 février 2026. À cette date, l'OEA a reconnu que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et son cabinet dirigeraient une période intérimaire qu'elle qualifiait de courte, ciblée et clairement orientée vers l'amélioration de la sécurité et la préparation des élections.


LE CALENDRIER ÉLECTORAL NE PEUT PAS ÊTRE PLUS FORT QUE LA RÉALITÉ DU PAYS

Sur le papier, une élection nationale peut sembler relativement simple : une date, des bureaux de vote, des bulletins, des candidats et des électeurs. Dans la réalité haïtienne de 2026, c'est une opération gigantesque qui exige que l'État puisse faire circuler des personnes, des documents et du matériel à travers des territoires où les groupes armés continuent d'exercer une influence considérable. Il faut sécuriser les routes, protéger les centres de vote, transporter le matériel sensible, déplacer les agents électoraux, permettre aux candidats de faire campagne et garantir aux citoyens la possibilité de quitter leur domicile et de revenir sans craindre d'être kidnappés, attaqués ou bloqués. Une élection ne peut donc pas être réduite à la capacité du CEP de publier un calendrier. Elle dépend de la capacité réelle de l'État à faire entrer le processus démocratique dans les communes où l'insécurité demeure une réalité quotidienne.


Et cette réalité n'est pas limitée à Port-au-Prince. Un rapport récent cité par Reuters montre que les groupes armés étendent leurs opérations vers les zones rurales, notamment par des enlèvements, des barrages routiers et d'autres formes de criminalité, alors que les efforts sécuritaires demeurent fortement concentrés sur la capitale.  C'est précisément ce déplacement de la violence vers les régions qui rend la question électorale encore plus sérieuse. Le problème n'est plus seulement de savoir si l'État peut sécuriser quelques quartiers de la capitale; il faut savoir s'il peut sécuriser un processus national.


LE CAS DE CALEB JEAN-BAPTISTE NOUS RAMÈNE BRUTALEMENT À CETTE RÉALITÉ

C'est dans ce contexte que l'enlèvement récent de Me Caleb Jean-Baptiste, de Stéphanie Paultre et de deux policiers chargés de leur sécurité prend une importance particulière. Nous ne prétendons pas connaître la motivation définitive des ravisseurs et nous ne disons pas que cet enlèvement a été organisé pour perturber les élections. Aucune preuve publique actuellement disponible ne permet de faire une telle affirmation. Mais le fait lui-même mérite d'être regardé dans le contexte national : des personnalités publiques peuvent être enlevées alors qu'elles circulent dans le pays, malgré la présence de policiers, dans une période où l'État affirme vouloir préparer une élection nationale quelques mois plus tard.


Les déclarations publiques attribuées à Lanmò Sanjou ajoutent une autre dimension à cette affaire. Dans son intervention, Sanjou a présenté ce qu'il décrit comme un différend antérieur avec Me Jean-Baptiste, alléguant lui avoir remis 120 000 dollars ainsi que deux armes dans le cadre d'un service qui, selon son récit, n'aurait pas été exécuté. Il a également affirmé que Jean-Baptiste aurait reçu des sommes beaucoup plus importantes provenant d'autres chefs de groupes armés pour des services qui, toujours selon cette version, n'auraient pas été rendus. Sanjou a ensuite demandé que Jean-Baptiste lui soit transféré, présentant cette affaire comme une question non résolue. CITADEX présente ces éléments comme les allégations formulées par Sanjou et non comme des faits judiciairement établis. La vérification indépendante des transactions, des armes, des accords allégués et de tout éventuel transfert de fonds ou de matériel aux autorités demeure nécessaire.


Mais même sans trancher ce différend, l'affaire révèle quelque chose de profondément inquiétant pour l'État. Un individu présenté comme un chef de groupe armé peut publiquement exposer un différend financier impliquant des sommes considérables, réclamer qu'une personne kidnappée lui soit remise et parler publiquement d'une affaire qu'il considère comme inachevée. Cela démontre à quel point les institutions étatiques sont confrontées à des acteurs qui prétendent eux-mêmes disposer d'un pouvoir parallèle. Et c'est précisément dans cet environnement que l'on demande maintenant au peuple haïtien de se préparer à une élection nationale.


VOULONS-NOUS DES ÉLECTIONS ? OUI. MAIS QUI GARANTIRA LE DROIT DE VOTER ?

Il faut être extrêmement clair sur ce point : les Haïtiens veulent des élections. Après des années de transitions, de gouvernements provisoires, de crises institutionnelles et d'absence de représentation populaire, le pays a besoin de retrouver des autorités issues du suffrage. Personne ne devrait présenter cette volonté populaire comme un obstacle au processus électoral. Le véritable problème est ailleurs : vouloir voter et pouvoir voter dans des conditions libres et sécurisées sont deux choses différentes.


Un citoyen qui doit traverser une zone contrôlée par un groupe armé pour atteindre son bureau de vote n'exerce pas exactement le même droit qu'un citoyen qui peut circuler librement. Un candidat qui peut organiser des rassemblements dans une commune alors que son adversaire ne peut pas y entrer ne participe pas à une compétition équitable. Un agent électoral qui refuse de se rendre dans son centre de vote parce qu'il craint pour sa vie ne peut pas être remplacé simplement par une ligne dans un rapport administratif. La démocratie doit pouvoir circuler sur les routes d'Haïti, atteindre les communes et protéger ceux qui la font vivre.


LE GOUVERNEMENT LUI-MÊME A DÉJÀ RECONNU LE PROBLÈME

Il serait donc injuste de prétendre que la question de la sécurité est inventée par les critiques du gouvernement. En mai, Fils-Aimé avait lui-même reconnu publiquement que les conditions sécuritaires n'étaient pas réunies pour tenir les élections prévues en août, tout en affirmant son souhait de voir des élections organisées avant la fin de l'année et un président élu installé le 7 février 2027.  Cette déclaration est importante parce qu'elle montre que même le gouvernement reconnaissait que la sécurité était une condition préalable à la réalisation du calendrier électoral.


Depuis, le calendrier a été révisé et le CEP a fixé le premier tour au 13 décembre. Mais le principe n'a pas changé. Le CEP affirme lui-même que ses échéances sont conditionnées à un climat sécuritaire acceptable. L'OEA a également déclaré que les progrès sécuritaires demeurent au cœur de la trajectoire d'Haïti et que l'amélioration de la sécurité et la préparation des élections constituent les deux axes essentiels de la période intérimaire.


ALORS ARRIVONS À LA QUESTION QUE PERSONNE NE DEVRAIT ATTENDRE POUR POSER

Que se passe-t-il si le 13 décembre ne peut pas avoir lieu ?


Pas dans un discours politique. Pas dans une interview. Pas dans une déclaration diplomatique. Dans le droit, dans les institutions et dans la pratique.


Qui décide que l'élection est impossible? Qui constate que les conditions de sécurité sont insuffisantes? Le CEP peut-il simplement reporter le scrutin? Quelle institution autorise une prolongation du pouvoir exécutif? Sur quelle base légale? Pour combien de temps? Quel mécanisme contrôle cette prolongation? Qui détermine la date d'une nouvelle échéance? Et surtout, qui empêche qu'une situation exceptionnelle devienne une nouvelle forme de gouvernement permanent?


Ces questions auraient dû être clarifiées avant que le pays ne se retrouve à quelques jours d'une échéance électorale impossible à exécuter. Elles doivent maintenant être posées ouvertement, précisément parce que le peuple haïtien ne devrait jamais découvrir les règles de succession après l'échec d'une élection.


LE 7 FÉVRIER NOUS A DÉJÀ MONTRÉ CE QUI ARRIVE LORSQUE LA SORTIE N'EST PAS CLAIRE


Le 7 février 2026 constitue un précédent particulièrement important. Le mandat du Conseil présidentiel de transition était arrivé à expiration, mais aucune structure de succession largement consensuelle n'était prête à prendre automatiquement le relais. Reuters avait alors décrit Haïti comme entrant dans une période de vide politique et souligné qu'aucun plan de succession n'avait été clairement accepté avant la fin du mandat du CPT.

C'est finalement le gouvernement dirigé par Fils-Aimé qui a assumé l'exécutif, dans un cadre que l'OEA a reconnu comme constitutionnel et intérimaire. Un Pacte national pour la stabilité et l'organisation des élections a ensuite été présenté comme le cadre destiné à conduire le pays vers des élections crédibles. Le gouvernement lui-même a présenté ce pacte comme un moyen de créer les conditions nécessaires aux élections et de renforcer la stabilité institutionnelle.


Mais voilà précisément pourquoi la prochaine échéance doit être préparée différemment. Haïti ne peut pas attendre la veille du 13 décembre pour commencer à discuter de ce qui arriverait si la date ne pouvait être respectée.


LA QUESTION DU MANDAT DE FILS-AIMÉ DOIT ÊTRE CLARIFIÉE

Il serait irresponsable de transformer cette question en accusation directe contre le Premier ministre. Nous n'avons pas de preuve que Fils-Aimé cherche volontairement à empêcher les élections afin de rester au pouvoir. Affirmer cela comme un fait dépasserait ce que les éléments actuellement disponibles permettent d'établir.


Mais l'absence de preuve d'une intention malveillante ne signifie pas que les limites du pouvoir n'ont pas besoin d'être examinées. Le gouvernement de Fils-Aimé affirme que son objectif est de conduire le pays vers un gouvernement élu. L'OEA a décrit la période comme une transition courte et clairement orientée. Le FMI décrit également le nouveau cadre comme une transition destinée à restaurer un gouvernement crédible, démocratique et légitime, avec des élections générales prévues avant la fin de 2026.


Alors la question est simple : si l'objectif est véritablement de remettre le pouvoir à un gouvernement élu, quelle est la procédure exacte si cette remise devient impossible le 13 décembre? Cette réponse ne devrait pas dépendre d'une négociation improvisée entre les mêmes acteurs politiques qui se trouvent déjà au pouvoir.


QUI BÉNÉFICIERAIT D'UN REPORT ?

Cette question mérite d'être posée, mais elle doit être posée correctement. Bénéficier d'une situation n'est pas la même chose que l'avoir provoquée. Un gouvernement peut bénéficier politiquement d'un report sans avoir provoqué l'insécurité qui a rendu le report nécessaire. Un groupe armé peut provoquer une situation criminelle pour ses propres intérêts sans avoir aucune stratégie électorale. Un kidnapping peut être motivé par l'argent sans avoir la moindre relation avec le calendrier électoral.


C'est justement pour cette raison que CITADEX ne devrait pas accuser sans preuve. Notre rôle est de regarder les incitations, les décisions et les conséquences. Si une élection est reportée, le pouvoir intérimaire demeure en place. Cela ne signifie absolument pas que ceux qui restent au pouvoir ont provoqué le report. Mais cela signifie que la société doit savoir quelles garanties empêchent une telle prolongation de devenir indéfinie.


ET C'EST LÀ QUE LE DÉBAT DEVIENT SÉRIEUX

Une démocratie mature ne demande pas simplement : « Qui est responsable? » Elle demande également : « Quelles garanties empêchent l'abus, quelle que soit la personne au pouvoir? »


Si Fils-Aimé veut réellement être jugé sur sa promesse de conduire Haïti vers des élections, la meilleure réponse à cette question serait la transparence. Que le gouvernement explique clairement les mécanismes de sortie. Que le CEP explique ce qui arrive en cas d'impossibilité matérielle de tenir le scrutin. Que les institutions juridiques expliquent le cadre applicable. Que les partenaires internationaux publient leurs propres critères concernant la crédibilité et la sécurité du processus. Et que personne ne puisse un jour dire au peuple : « Nous ne savions pas ce qui devait arriver. »


LE CEP DOIT AUSSI RÉPONDRE

Le CEP ne peut pas porter uniquement la responsabilité d'imprimer les bulletins et de publier les dates. Son propre calendrier reconnaît que la sécurité est une condition de réalisation. Il doit donc expliquer à la population comment cette condition sera évaluée et quelles procédures seront appliquées si elle n'est pas satisfaite.


Les Haïtiens doivent savoir combien de centres de vote sont actuellement considérés comme accessibles, comment seront protégés les bureaux situés dans les zones à risque, comment seront transportés les matériels sensibles, comment seront protégés les membres des bureaux de vote et comment les citoyens déplacés pourront participer au processus. Une élection nationale ne peut pas être crédible si une partie du pays est de facto exclue du scrutin par la peur.


Cette question devient encore plus urgente à mesure que les opérations avancent. Le calendrier prévoit l'inscription des électeurs jusqu'au 13 octobre, le recrutement des membres des bureaux de vote jusqu'au 21 novembre, la distribution du matériel à partir du 18 octobre et la campagne du premier tour jusqu'au 12 décembre. Autrement dit, le pays entre progressivement dans la phase où les décisions sécuritaires devront être transformées en opérations concrètes. 


LES PARTENAIRES INTERNATIONAUX NE PEUVENT PAS NON PLUS SE CONTENTER D'ENCOURAGER


L'OAS, CARICOM et les autres partenaires internationaux ont un rôle essentiel à jouer, mais ce rôle doit aller au-delà des communiqués encourageant Haïti à tenir des élections. Lors de sa récente visite, le secrétaire général de l'OEA, Albert Ramdin, a insisté sur la nécessité de renforcer la force internationale chargée de combattre les gangs et de sécuriser des infrastructures et axes stratégiques indispensables au processus électoral. Il a notamment souligné l'importance de sécuriser les accès à l'aéroport international, au port et aux régions du Sud afin de créer les conditions d'un processus électoral sûr.


Cela signifie que les partenaires internationaux reconnaissent eux-mêmes que le calendrier électoral ne peut fonctionner sans une amélioration mesurable de la sécurité. Leur responsabilité est donc également de dire la vérité lorsque les conditions ne sont pas réunies. Soutenir Haïti ne signifie pas soutenir aveuglément chaque date annoncée. Soutenir Haïti signifie aider les institutions haïtiennes à créer les conditions permettant au peuple de voter réellement.


HAÏTI NE DOIT PAS ÊTRE PIÉGÉ ENTRE DEUX MAUVAISES OPTIONS

Le pays ne peut pas rester indéfiniment dans une transition. Mais il ne peut pas non plus organiser une élection simplement pour pouvoir dire qu'il a organisé une élection. Un scrutin dans lequel des milliers de citoyens ne peuvent pas circuler, où des candidats ne peuvent pas accéder à certaines régions, où les agents électoraux craignent pour leur sécurité et où des territoires entiers sont sous la menace de groupes armés ne résoudrait pas nécessairement la crise institutionnelle. Il pourrait au contraire créer une nouvelle crise de légitimité.


C'est pourquoi le débat doit sortir du faux choix entre « élections à tout prix » et « transition sans fin ». Haïti a besoin d'une troisième voie : une élection crédible accompagnée de garanties institutionnelles claires pour le cas où les conditions ne permettraient pas sa tenue. Si le scrutin est possible, il doit avoir lieu. S'il devient impossible, la procédure doit être connue, limitée, surveillée et juridiquement encadrée. Dans aucun scénario le pouvoir ne devrait pouvoir se prolonger simplement parce que personne n'a défini à l'avance ce qui vient après.


LE PEUPLE HAÏTIEN DOIT ÊTRE AU CENTRE DE CETTE CONVERSATION

Pendant trop longtemps, les grandes décisions concernant l'avenir politique d'Haïti ont été discutées entre gouvernements, diplomates, partis, groupes de pression et institutions internationales alors que la population était invitée à attendre. Cette fois, le peuple doit savoir ce qui se prépare. Il doit connaître les dates, les règles, les conditions de sécurité et surtout les mécanismes qui protègent son droit de choisir.


Le citoyen haïtien n'a pas à choisir entre une élection dangereuse et une transition interminable. Il a le droit d'exiger les deux choses à la fois : la sécurité et la démocratie. Il a le droit de demander au gouvernement pourquoi certaines routes demeurent dangereuses. Il a le droit de demander au CEP comment il compte atteindre les zones difficiles d'accès. Il a le droit de demander aux observateurs internationaux ce qu'ils voient réellement sur le terrain. Et il a le droit de demander à tous ceux qui exercent aujourd'hui le pouvoir : quelle est votre date de sortie?


LA QUESTION QUI DOIT ÊTRE POSÉE AUJOURD'HUI, PAS LE 14 DÉCEMBRE

Le débat autour de Fils-Aimé ne devrait donc pas être réduit à une accusation de vouloir conserver le pouvoir. Ce serait trop facile et, à ce stade, insuffisamment démontré. La vraie question est institutionnelle : quelles barrières existent pour empêcher n'importe quel gouvernement intérimaire de devenir permanent si une élection échoue?


Si ces barrières existent, le gouvernement doit les montrer. Si elles sont inscrites dans le pacte, la population doit pouvoir les lire. Si elles reposent sur la Constitution ou sur d'autres textes juridiques, les juristes doivent les expliquer publiquement. Si elles n'existent pas clairement, le pays doit les établir avant que la prochaine crise ne les rende indispensables.


Parce que le danger ne réside pas uniquement dans la possibilité que quelqu'un veuille rester au pouvoir. Le danger réside également dans la possibilité qu'un système permette à quelqu'un d'y rester parce que personne n'a prévu comment l'en faire sortir.


ET C'EST POURQUOI LE CAS DE CALEB JEAN-BAPTISTE NE DOIT PAS ÊTRE ISOLÉ DU RESTE DU TABLEAU

Le kidnapping de Me Caleb Jean-Baptiste ne prouve pas une conspiration électorale. Les déclarations de Lanmò Sanjou ne prouvent pas que l'enlèvement avait une motivation politique. Et rien dans les éléments actuellement établis ne permet de dire que le gouvernement Fils-Aimé a organisé ou provoqué cet enlèvement. Nous devons être extrêmement prudents sur ces distinctions.


Mais cet événement nous donne quelque chose que les débats théoriques n'offrent pas : un exemple concret de la distance qui existe encore entre l'État que le calendrier électoral suppose et l'État que certains citoyens expérimentent quotidiennement. Lorsque des personnes peuvent être kidnappées sur les routes, lorsque des groupes armés peuvent étendre leur influence vers les zones rurales et lorsque des responsables publics doivent eux-mêmes composer avec cette réalité, la question de savoir comment organiser une élection nationale devient immédiatement une question de capacité étatique.


HAÏTI DOIT SAVOIR OÙ SE TROUVE LA PORTE DE SORTIE

Le pays a déjà connu suffisamment de transitions pour savoir qu'une transition sans mécanisme de sortie clair peut rapidement devenir une nouvelle crise. Le CPT devait conduire vers les élections. Son mandat a pris fin sans que cet objectif soit réalisé. Fils-Aimé dirige maintenant une nouvelle phase intérimaire dont la mission déclarée est de restaurer la sécurité et de conduire le pays vers un gouvernement élu. L'OEA, CARICOM et le FMI présentent également cette période comme une étape vers la restauration d'un gouvernement démocratique et légitime.


Alors faisons les choses différemment cette fois. Avant le 13 décembre, avant même la campagne électorale, avant que le premier bulletin ne soit imprimé, Haïti doit savoir ce qui arrive si les conditions ne permettent pas de voter. Le pays doit savoir qui décide, selon quelle loi, pendant combien de temps et avec quelles limites. Les citoyens doivent savoir que leur incapacité à voter un jour donné ne peut pas devenir automatiquement une autorisation donnée à ceux qui gouvernent de rester indéfiniment.


HAÏTI VEUT VOTER — ET C'EST PRÉCISÉMENT POUR CELA QU'ELLE DOIT POSER CES QUESTIONS


Nous ne devrions pas avoir peur de poser ces questions parce que nous voulons des élections. Nous devons les poser parce que nous voulons que ces élections signifient quelque chose.


Une démocratie véritable ne commence pas le matin où l'électeur dépose son bulletin. Elle commence bien avant : lorsque les règles sont claires, lorsque les institutions sont responsables, lorsque les candidats peuvent concourir équitablement, lorsque les citoyens peuvent circuler librement et lorsque personne ne peut utiliser une crise pour transformer un mandat temporaire en pouvoir permanent.


Le 13 décembre est donc plus qu'une date électorale. C'est un test de l'État haïtien. Un test pour le CEP. Un test pour le gouvernement. Un test pour la Police nationale. Un test pour les partenaires internationaux. Mais surtout, c'est un test pour savoir si Haïti peut enfin sortir du cycle dans lequel chaque crise devient la justification de la prochaine transition.


Haïti mérite des élections. Haïti mérite la sécurité. Haïti mérite un gouvernement légitime. Et le peuple haïtien mérite de savoir, avant de confier son avenir à une nouvelle transition électorale, exactement qui détient le pouvoir, pourquoi il le détient et quand il doit le remettre.


NOTRE REGARD ÉDITORIAL

CITADEX ne demande ni le maintien d'un gouvernement intérimaire ni son départ. Nous demandons des règles claires, des institutions responsables et une transparence totale sur la route qui doit conduire Haïti vers un gouvernement élu. Nous suivrons le calendrier du CEP, la situation sécuritaire, les opérations sur le terrain, les décisions du gouvernement, les positions de l'OEA, de CARICOM et des autres partenaires, ainsi que toute évolution concernant la capacité réelle du pays à organiser un scrutin crédible. Notre responsabilité n'est pas de défendre une date ni une personnalité politique. Notre responsabilité est de défendre le droit du peuple haïtien à connaître les règles et à exercer son pouvoir dans des conditions crédibles, libres et sécurisées.


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